{"id":648,"date":"2020-01-15T15:43:59","date_gmt":"2020-01-15T15:43:59","guid":{"rendered":"http:\/\/salom-travel.com\/french\/?p=648"},"modified":"2020-01-23T11:04:55","modified_gmt":"2020-01-23T11:04:55","slug":"les-anciennes-villes-de-khorezm","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/salom-travel.com\/french\/blog\/2020\/01\/15\/les-anciennes-villes-de-khorezm\/","title":{"rendered":"Les anciennes villes de Khorezm"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center\"><strong>ELLIKALA : les 50 Forteresses<\/strong><\/h2>\n<p>En Asie centrale, une vaste r\u00e9gion est arros\u00e9e par 2 grands fleuves, l\u2019Amou Darya et le Syr Darya, dont les eaux nourrissent un ensemble d\u2019oasis avant de se perdre dans une mer en voie de contraction.<\/p>\n<p>Dans cet ensemble, entre la mer d\u2019Aral et l\u2019Amou Darya, se place le Khorezm, qui est connu depuis l\u2019Antiquit\u00e9 pour avoir \u00e9t\u00e9 un pays prosp\u00e8re. Sa richesse \u00e9tait favoris\u00e9e par un imposant r\u00e9seau d\u2019irrigation, compos\u00e9 de multiples canaux qui alimentaient les villes et les champs depuis le fleuve, que les Grecs appelaient Oxus et les historiens du Moyen Age Djeihun. De nos jours, le Khorezm a perdu beaucoup de son antique splendeur qui s\u2019est dissip\u00e9 dans un mouvement de d\u00e9sertification et de salinisation des sols.<\/p>\n<p>Au nord de cet espace, encadr\u00e9 par les d\u00e9serts du Karakoum et du Kizilkoum, une longue ligne de falaises marque, entre la mer d\u2019Aral et la mer Caspienne, la limite entre les terres cultiv\u00e9es par les s\u00e9dentaires et les steppes septentrionales parcourues par les nomades.<\/p>\n<p>L\u2019Amou Darya, ou l\u2019ancien Oxus, qui est le support de la prosp\u00e9rit\u00e9 locale, a d\u00e9plac\u00e9 plusieurs fois son lit au cours du temps et ses changements de parcours peuvent \u00eatre identifi\u00e9s par les sites arch\u00e9ologiques \u00e9tablis le long de ses rives mouvantes.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res installations remontent aux temps pr\u00e9historiques et le mode de vie des occupants, qui vivent de la chasse et de la p\u00eache reste plus ou moins inchang\u00e9 jusqu\u2019aux environs du 6\u00e8 s AC. C\u2019est \u00e0 ce moment, vers le 6\u00e8 s, qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s soudainement les premiers sites fortifi\u00e9s apparaissent dans la r\u00e9gion. Le Khorezm, qui est ainsi appel\u00e9 depuis l\u2019Antiquit\u00e9, recevra des Grecs le nom de Chorasmie. Son nom n\u2019a donc pas chang\u00e9 depuis les origines -et il faut souligner cette permanence-.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, le Khorezm appartient \u00e0 l\u2019Empire des Perses ach\u00e9m\u00e9nides. Il \u00e9chappe bient\u00f4t \u00e0 la tutelle iranienne de Pers\u00e9polis et jouit de son ind\u00e9pendance. Quand, vers 330 AC, Alexandre le Grand se lance dans son audacieuse entreprise de conqu\u00eate, il ne cherche pas \u00e0 contr\u00f4ler le Khorezm. A ce propos, l\u2019historien grec Arrien rapporte la visite du roi khorezmien, Pharasm\u00e9n\u00e8s, qui s\u2019est rendu \u00e0 Maracanda (cad Samarcande) pour offrir \u00e0 Alexandre son alliance en vue de soumettre les contr\u00e9es limitrophes du Khorezm ; sa proposition ne retient pas l\u2019attention du conqu\u00e9rant d\u00e9sireux de poursuivre plus avant vers l\u2019Indus. Apr\u00e8s la mort du Mac\u00e9donien, le Khorezm se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart des luttes qui opposent ses g\u00e9n\u00e9raux, adopte certains caract\u00e8res de la culture greco-iranienne et pr\u00e9serve sa tranquillit\u00e9 sous la dynastie des Parthes.<\/p>\n<p>Cela ne dure pas, car un vent nouveau souffle \u00e0 l\u2019est et vient troubler l\u2019atmosph\u00e8re relativement paisible qui r\u00e9gnait dans la r\u00e9gion. Des tribus nomades pourchass\u00e9es depuis la fronti\u00e8re chinoise sont pouss\u00e9es vers l\u2019Ouest et font mouvement en Asie centrale. Parmi ces nomades, \u00e9merge un groupe qui se s\u00e9dentarise et qui \u00e9tablit un nouveau pouvoir : c\u2019est celui des Kouchans qui met fin au royaume hell\u00e9nis\u00e9 de Bactriane, avec l\u2019appui des seigneurs du Khorezm ; les Kouchans constituent aux 1<sup>er<\/sup> et 2\u00e8 si\u00e8cles de notre \u00e8re un puissant empire centr\u00e9 sur la r\u00e9gion de Bactres, au nord de l\u2019Afghanistan actuel. Les souverains, et en premier lieu, le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre eux, Kanishka, \u00e9tendent leur domination sur un vaste espace allant du bassin de l\u2019Oxus aux rives Gange, en Inde du Nord. Leur influence s\u2019exerce sur le Khorezm, sans que l\u2019on sache exactement si le pays fut ou non l\u2019une des provinces de l\u2019Empire. Quoi qu\u2019il en soit, cette p\u00e9riode correspond \u00e0 une p\u00e9riode de grande prosp\u00e9rit\u00e9 gr\u00e2ce aux multiples \u00e9changes commerciaux et culturels v\u00e9hicul\u00e9s sur la c\u00e9l\u00e8bre Route de la Soie reliant \u00e0 travers l\u2019Asie centrale Rome \u00e0 la Chine et la mer Baltique au continent indien.<\/p>\n<p>Au pouvoir des Kouchans succ\u00e8de celui des Perses Sassanides, qui subissent \u00e0 l\u2019Est la pression de nouvelles incursions de nomades venus des steppes septentrionales. Descendus de l\u2019Alta\u00ef au 4\u00e8 s de notre \u00e8re, les Huns blancs (d\u00e9nomm\u00e9s aussi Hepthalites) avalent la partie orientale de l\u2019Empire sassanide, mais doivent ensuite c\u00e9der la place \u00e0 de nouveaux venus, qui sont des Turcs.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ferlement nomade \u00e9pargne plus ou moins le Khorezm qui est gouvern\u00e9 depuis le 5\u00e8 jusqu\u2019au 10\u00e8\u00a0si\u00e8cles de notre \u00e8re par la dynastie des Afrighides. Ce royaume afrighide manifeste son dynamisme en participant activement aux \u00e9changes commerciaux et en int\u00e9grant les traditions culturelles qui transitent par son territoire.<\/p>\n<p>La conqu\u00eate arabe va progressivement, \u00e0 partir du 8\u00e8 s, mettre un terme \u00e0 cette situation, en apportant en Transoxiane, au-del\u00e0 de l\u2019Oxus, la foi musulmane, qui supplantera progressivement l\u2019ancienne religion zoroastrienne et son culte du feu.<\/p>\n<p>Finalement, au 13\u00e8 s, alors que le Khorezm est dirig\u00e9 par la dynastie ind\u00e9pendante des Khorezmchahs, la r\u00e9gion est totalement ravag\u00e9e et ruin\u00e9e par les hordes mongoles conduites par Gengis Khan : les populations sont massacr\u00e9es, les villes sont incendi\u00e9es, les canaux d\u2019irrigation sont d\u00e9truits, les champs sont d\u00e9vast\u00e9s et la terre retourne au d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Depuis cet effroyable cataclysme, la r\u00e9gion n\u2019a jamais retrouv\u00e9 sa prosp\u00e9rit\u00e9 d\u2019antan, en d\u00e9pit des efforts consentis actuellement pour la remettre en culture et r\u00e9duire la salinisation des sols.<\/p>\n<p><strong>Dans le pass\u00e9, <\/strong>le cours des rivi\u00e8res du bassin de l\u2019Amou Darya s\u2019est souvent d\u00e9plac\u00e9 sous l\u2019effet de causes naturelles. Un ancien bras du fleuve s\u2019\u00e9loignait m\u00eame de la mer d\u2019Aral pour se diriger vers la mer Caspienne. Son lit ass\u00e9ch\u00e9 traverse aujourd\u2019hui une zone d\u00e9sertique, vide de richesses humaines et agricoles ; les arch\u00e9ologues ont d\u00e9couvert le long de ses bords des traces d\u2019occupation qui t\u00e9moignent de la pr\u00e9sence de l\u2019eau dans un temps relativement r\u00e9cent en termes historiques.<\/p>\n<p>La plupart de ces sites arch\u00e9ologiques remonte, pour les importants, \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9islamique et se situe sur la rive droite de l\u2019Amou Darya. Dans les temps anciens, la r\u00e9gion \u00e9tait largement irrigu\u00e9e ; elle tirait sa prosp\u00e9rit\u00e9 des produits de la terre, des ressources de l\u2019\u00e9levage et des revenus du commerce. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement une r\u00e9gion de riches oasis agricoles. C\u2019\u00e9tait aussi une r\u00e9gion de passage des caravanes, venus soit de l\u2019Est, en provenance d\u2019Otrar sur le Syr Darya, soit du Sud-Est, en provenance de Boukhara. Elle se pla\u00e7ait au point de contact des populations s\u00e9dentaires et des tribus nomades. Cela explique qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 largement fortifi\u00e9e, au point d\u2019\u00eatre parsem\u00e9 de ch\u00e2teaux et de citadelles, pour assurer la protection des populations. Elle est ainsi qualifi\u00e9e du nom turc <strong>d\u2019Ellikala, <\/strong>cad le pays des 50 forteresses. D\u00e9sert\u00e9e par l\u2019eau et par ses habitants, cet espace a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 depuis longtemps, soit plus pr\u00e9cis\u00e9ment depuis pr\u00e8s de 1000 ans, cad depuis les invasions mongoles du 13\u00e8 s ; de ce fait, les vestiges arch\u00e9ologiques qui y ont \u00e9t\u00e9 reconnus, ont \u00e9t\u00e9 en partie pr\u00e9serv\u00e9s de la destruction, en \u00e9tant ensevelis dans les sables et \u00e9loign\u00e9s des habitations.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 6\u00e8 s AC, l\u2019ancien Khorezm (appel\u00e9e Chorasmie par les Grecs) avait atteint un niveau \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et culturel, qui devait globalement se maintenir pendant un mill\u00e9naire, cad jusqu\u2019aux environs du 4\u00e8 s PC \u00e0 partir duquel vont se succ\u00e9der des invasions nomades. Le nom de Khorezm, inchang\u00e9 depuis l\u2019Antiquit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 de la fa\u00e7on suivante par une l\u00e9gende rapport\u00e9e au lO\u00e8 s par le g\u00e9ographe arabe Al-Maqdisi. Dans les temps anciens, un roi des r\u00e9gions de l\u2019Est que son entourage avait mis en fureur, avait exil\u00e9 un grand nombre de ses proches dans un lieu recul\u00e9, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de sa capitale. Apr\u00e8s quelque temps, le roi d\u00e9p\u00eacha des envoy\u00e9s pour s\u2019informer de la situation des exil\u00e9s. Quelle ne fut pas leur surprise \u00e0 leur arriv\u00e9e ! Les exil\u00e9s non seulement avaient surv\u00e9cu, mais ils s\u2019\u00e9taient fort bien install\u00e9s. Ils avaient mont\u00e9 des huttes, vivaient de la p\u00eache et de l\u2019\u00e9levage et disposaient de grandes r\u00e9serves de bois de chauffage. A leur retour au Palais, le roi questionna ses envoy\u00e9s, en leur posant 2 questions : quel mot utilisent-ils pour dire \u00ab viande \u00bb ? Ils r\u00e9pondirent \u00ab KHOR \u00bb ; quel est leur mot pour \u00ab bois de chauffage \u00bb ? La r\u00e9ponse fut \u00ab REZM \u00bb. Aussi, le roi d\u00e9cida-t-il que cette contr\u00e9e serait d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de Khorezm et qu\u2019elle serait conc\u00e9d\u00e9e \u00e0 ces exil\u00e9s qui s\u2019y \u00e9taient si bien adapt\u00e9s. Ce qui est \u00e0 retenir du r\u00e9cit d\u2019Al-Maqdisi, c\u2019est la m\u00e9moire que les habitants du Khorezm conservaient encore au 10e s de leurs lointains anc\u00eatres qui s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis dans une r\u00e9gion bois\u00e9e et vivaient dans des huttes, en nourrissant de poissons p\u00each\u00e9s dans les rivi\u00e8res locales.<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re remarque est importante car elle confirme la pr\u00e9sence de l\u2019eau et par la m\u00eame elle implique que des changements ont eu lieu autrefois dans le cours des fleuves.<\/p>\n<p>Sur la longue p\u00e9riode qui se d\u00e9roule depuis le 6\u00e8 s AC, la culture du Khorezm, tout en variant ses manifestations, se caract\u00e9rise par son unit\u00e9 et sa permanence. A toutes les \u00e9tapes de son histoire, elle pr\u00e9sente des caract\u00e8res stables et durables. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut faire plusieurs observations, notamment sur le plan monumental et \u00e0 propos des techniques de fortification.<\/p>\n<p>Dans un pays pauvre en pierre, l\u2019architecture a pour mat\u00e9riau de base de grandes briques carr\u00e9es en pis\u00e9, dont la taille est \u00e0 peu pr\u00e8s constante jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Arabes ; leurs dimensions sont d\u2019environ de 40cm pour le c\u00f4t\u00e9 et de 10cm pour l\u2019\u00e9paisseur.<\/p>\n<p>La couverture des constructions adopte un mode de vo\u00fbte elliptique constitu\u00e9e par un assemblage de briques en position inclin\u00e9e sur la tranche.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re militaire des constructions est manifeste. On le constate avec le d\u00e9veloppement d\u2019imposantes forteresses qui sont b\u00e2ties \u00e0 la limite du plateau steppique et des terres habit\u00e9es pour s\u2019opposer aux incursions nomades. Le syst\u00e8me de fortification se caract\u00e9rise par plusieurs particularit\u00e9s, telles la pr\u00e9sence de doubles galeries, le dispositif en chicane prot\u00e9geant la porte d\u2019entr\u00e9e int\u00e9rieure, la pr\u00e9dominance des tours carr\u00e9es ou rectangulaires, la forme des meurtri\u00e8res en pointes de fl\u00e8che.<\/p>\n<p>&#8211; A l\u2019int\u00e9rieur des enceintes, les quartiers habit\u00e9s sont distribu\u00e9s selon un plan orthogonal, en damier.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong>Toprak-Kala<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Aux 1<sup>er<\/sup> \/2\u00e8 s PC, <\/strong>le Khorezm subit l\u2019influence culturelle, de caract\u00e8re gr\u00e9co-iranien, de l\u2019Empire kouchan en voie d\u2019expansion. L\u2019illustration la plus \u00e9vidente de cette influence est donn\u00e9e par magnifique forteresse de <strong>Toprak-Kala. Toprak-Kala <\/strong>offre les ruines d\u2019une impressionnante forteresse, qui a livr\u00e9 pour la r\u00e9gion des informations d\u00e9taill\u00e9es pour avoir \u00e9t\u00e9 explor\u00e9e m\u00e9thodiquement par les Sovi\u00e9tiques depuis les ann\u00e9es \u201940. Le complexe fortifi\u00e9 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 vers le 1<sup>er<\/sup> s AC et a atteint son apog\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque kouchane vers le 2\u00e8 s PC, avant de p\u00e2tir de plusieurs incendies et des attaques d\u00e9vastatrices des pouss\u00e9es nomades turques. La forteresse \u00e9tait le lieu de la r\u00e9sidence royale des souverains du Khorezm, ainsi que l\u2019indiquait le savant de l\u2019Asie centrale Al-Biruni au lO\u00e8 s. Elle restera plus ou moins habit\u00e9e jusqu\u2019au 13\u00e8s.<\/p>\n<p>La citadelle royale domine, depuis le coin NW, la vaste cit\u00e9 rectangulaire fortifi\u00e9e qui couvre une surface de plus de 20ha. De telles dimensions (600x400m) soulignent l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui pr\u00e9valait \u00e0 l\u2019\u00e9poque sous l\u2019effet des incursions nomades venues du nord. Les murailles, ponctu\u00e9es de tours carr\u00e9es, sont de nos jours passablement \u00e9rod\u00e9es, mais on observe qu\u2019elles s\u2019\u00e9l\u00e8vent encore jusqu\u2019\u00e0 une hauteur de 9m. L\u2019aspect g\u00e9n\u00e9ral de la citadelle int\u00e9rieure, o\u00f9 s\u2019est concentr\u00e9e la recherche arch\u00e9ologique, donne sur 1 ha 1\/2 une id\u00e9e de sa puissance, avec ses nombreuses cours int\u00e9rieures, ses passages vo\u00fbt\u00e9s, ses hautes salles pourvues de niches d\u00e9coratives, ses <strong><em>3 tours colossales<\/em><\/strong> \u00e0 \u00e9tages qui encadrent sa structure. Elle abritait le palais, qui est l\u2019un des monuments les plus vastes et longtemps les mieux pr\u00e9serv\u00e9s parmi ceux datant de l\u2019\u00e9poque Kouchane. Construit autour d\u2019une cour sur une plate-forme \u00e9lev\u00e9e, le palais \u00e0 3 \u00e9tages contenait 3 salles immenses. La couverture de la plus vaste des salles \u00e9tait support\u00e9e par des colonnes en bois plac\u00e9es sur des bases en pierre sculpt\u00e9e. Les arch\u00e9ologues ont d\u00e9sign\u00e9 les <strong>3 <\/strong>pi\u00e8ces les plus remarquables de la citadelle en fonction de leur d\u00e9coration \u00e0 la fois sculpt\u00e9e et color\u00e9e : c\u2019est ainsi que celle qui \u00e9tait agr\u00e9ment\u00e9e de portraits royaux en argile et stuc peints porte le nom de \u00ab <strong><em>Salle des Rois<\/em><\/strong> \u00bb, celle qui abritait tout un panth\u00e9on o\u00f9 tr\u00f4nait la d\u00e9esse grecque Nik\u00e9 porte le nom de \u00ab <strong><em>Salle des Victoires<\/em><\/strong> \u00bb et celle \u00ab dite <strong><em>des Guerriers<\/em><\/strong> \u00bb s\u2019ornait de reliefs d\u2019hommes en armes. Cette derni\u00e8re observation indique peut-\u00eatre que les seigneurs du Khorezm employaient des mercenaires indiens. Une 4\u00e8 salle dite <strong><em>\u00ab de la Danse<\/em><\/strong> \u00bb \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9e par des repr\u00e9sentations d\u2019hommes et de femmes dansant. II semble que ces salles servaient \u00e0 la pratique de cultes d\u00e9di\u00e9s au roi et \u00e0 la f\u00e9condit\u00e9. Les th\u00e8mes d\u00e9coratifs mettaient \u00e0 l\u2019honneur la bravoure et le pouvoir royal. La Salle dite des Rois avait son centre occup\u00e9 par un autel du feu qui devait servir \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019un culte dynastique.<\/p>\n<p>Dans la niche principale de la Salle de la Danse tr\u00f4nait une repr\u00e9sentation de la d\u00e9esse-m\u00e8re accompagn\u00e9e d\u2019un fauve.<\/p>\n<p>Le tertre central toujours visible correspond \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019autel du feu qui appartenait au grand temple dynastique.<\/p>\n<p>Au sud de la citadelle \u00e9taient am\u00e9nag\u00e9es, selon un plan r\u00e9gulier, 12 vastes r\u00e9sidences claniques, reli\u00e9es entre elles par des rues \u00e9troites.<\/p>\n<p>Les trouvailles sont maintenant conserv\u00e9es au Mus\u00e9e de l\u2019Ermitage.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong>Kizyl-Kala<\/strong><\/h2>\n<p>A quelque distance ( 1 kni3) de Toprak-Kala, se trouve le fortin de <strong>Kizyl-Kala, <\/strong>qui fournit l\u2019un des premiers exemples des demeures seigneuriales fortifi\u00e9es qui apparaissent avec l\u2019av\u00e8nement des souverains kouchans. Il s\u2019agit d\u2019un nouveau type de constructions d\u00e9fensives qui appara\u00eet avec la n\u00e9cessit\u00e9 de multiplier les moyens de d\u00e9fense sur les fronti\u00e8res. Il illustre un changement dans la nature politique du pouvoir qui passe d\u2019une forme d\u00e9centralis\u00e9e \u00e0 une forme centralis\u00e9e.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center\"><strong>Ayaz-Kala<\/strong><\/h2>\n<p>La plus spectaculaire des forteresses du Khorezm reste n\u00e9anmoins la forteresse d\u2019Ayaz-Kala, qui est situ\u00e9e au pied des monts Sultan-Uvays, au-del\u00e0 de Toprak-Kala, au NE d\u2019Ourgentch, \u00e0 une distance de 70 km. Elle occupait une position strat\u00e9gique sur la fronti\u00e8re septentrionale des oasis. Sa visite est l\u2019occasion privil\u00e9gi\u00e9e de se plonger dans le vieux Khorezm.<\/p>\n<p>En fait, Ayaz-Kala n\u2019est pas constitu\u00e9 par une construction unique ; elle forme un ensemble de 3 forteresses en ruines regroup\u00e9es sur et autour d\u2019une haute colline qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve au piedmont de la cha\u00eene montagneuse \u00e0 la limite du d\u00e9sert du Kizil-kum. Ce fut une position strat\u00e9gique continuellement occup\u00e9e et entretenue pendant plus de 1000 ans, soit environ de -300 \u00e0 +900 PC. Ses vestiges ont livr\u00e9 des informations importantes sur la situation du Khorezm pendant la p\u00e9riode kouchane. On y a notamment trouv\u00e9 des monnaies du grand souverain kouchan, Kanishka.<\/p>\n<ul>\n<li>La partie la plus ancienne du complexe architectural (appel\u00e9e <strong>Ayaz-Kala I) <\/strong>est \u00e9tablie sur le sommet de la colline principale. Elle domine le site avec majest\u00e9. Son plan est rectangulaire et sa superficie approche les 3ha. Le puissant rempart, qui est pr\u00e9serv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 une hauteur de 10m, est \u00e0 intervalles r\u00e9guliers renforc\u00e9 par des tours semi-circulaires ; il comporte de larges galeries vo\u00fbt\u00e9es \u00e0 double \u00e9tage et il est r\u00e9guli\u00e8rement perc\u00e9 de meurtri\u00e8res en forme de fl\u00e8ches. Les galeries \u00e9taient suffisamment vastes pour assurer aux d\u00e9fenseurs une bonne protection et une grande libert\u00e9 de mouvement. Par endroits, les vo\u00fbtes des galeries basses sont encore bien conserv\u00e9es et le visiteur peut facilement y circuler. On n\u2019a relev\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019enceinte aucune trace quelconque d\u2019habitation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La construction de cette l<sup>crc<\/sup> forteresse a d\u00e9but\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique, au 4\u00e8 s AC, avec l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019enceinte. Par la suite, pour compl\u00e9ter le syst\u00e8me d\u00e9fensif, on accola aux murailles avec r\u00e9gularit\u00e9 une s\u00e9rie de tours, qui sont arrondies (et non quadrangulaires, comme cela s\u2019observe g\u00e9n\u00e9ralement dans la r\u00e9gion). La <strong><em>porte d\u2019entr\u00e9e massive<\/em><\/strong> de la forteresse est caract\u00e9ristique des portes d\u2019acc\u00e8s en ba\u00efonnette que l\u2019on rencontre dans les forteresses des confins du Khorezm. La porte, \u00e0 une double entr\u00e9e, est plac\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 la muraille sous laquelle les attaquants sont les plus vuln\u00e9rables. L\u2019entr\u00e9e ext\u00e9rieure (appel\u00e9e barbacane) est d\u00e9fendue par 2 tours rectangulaires qui ouvrent sur une petite salle \u00e9galement rectangulaire domin\u00e9e par de hauts murs depuis lesquels les d\u00e9fenseurs pouvaient d\u00e9cocher leurs fl\u00e8ches sur les assaillants. De l\u00e0, par un passage en chicane, on acc\u00e8de \u00e0 une seconde porte qui conduit directement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la forteresse. Cette l<sup>ere<\/sup> forteresse, qui a jou\u00e9 son r\u00f4le d\u00e9fensif jusqu \u2018aux environs du 1<sup>er<\/sup> s de notre \u00e8re, cad jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Kouchans, a continu\u00e9 ensuite \u00e0 \u00eatre occup\u00e9e pour servir de poste d\u2019observation et de refuge aux populations locales.<\/p>\n<ul>\n<li>Situ\u00e9e au SW \u00e0 une petite distance de la l<sup>crc<\/sup>, <strong>Ayaz-Kala II <\/strong>est pos\u00e9e sur une petite \u00e9minence en contrebas. Elle est constitu\u00e9e de 2 \u00e9l\u00e9ments. L\u2019\u00e9l\u00e9ment fortifi\u00e9 est ferm\u00e9 ; il se compose lui-m\u00eame de 2 parties : un avant-corps quadrangulaire \u00e0 vocation d\u00e9fensive, qui ouvre sur une citadelle de forme ovale, dont une des particularit\u00e9s est d\u2019\u00eatre pourvue d\u2019un registre de fausses arch\u00e8res destin\u00e9es \u00e0 intimider les assaillants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il est li\u00e9 par une rampe \u00e0 un 2\u00e8 \u00e9l\u00e9ment, un \u00e9tablissement palatial ouvert, \u00e9tabli dans la plaine. <em>La citadelle<\/em> para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 construite \u00e0 l\u2019\u00e9poque kouchane, puis restaur\u00e9e et r\u00e9utilis\u00e9e sous la dynastie des Afrigides, au 5\u00e8 s. Les murs construits en briques crues reposent sur une assise de gros blocs de <em>pakhsa,<\/em> cad d\u2019argile battue, plac\u00e9s perpendiculairement de fa\u00e7on \u00e0 en accro\u00eetre l\u2019\u00e9paisseur (+ 6m \u00e0 10m de hauteur). La rampe de communication m\u00e8ne \u00e0 un palais qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit comme \u00e9tant l\u2019un des plus beaux monuments de l\u2019Asie centrale ant\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Arabes. Il \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour ses salles \u00e0 colonnes, sa plateforme c\u00e9r\u00e9monielle et son temple du feu. Gr\u00e2ce aux d\u00e9couvertes de monnaies frapp\u00e9es au nom de souverains afrighides, sa construction a pu \u00eatre fix\u00e9e autour du 5\u00e8 s de notre \u00e8re, cad au moment o\u00f9 la citadelle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9occup\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 2 reprises d\u00e9truit par des incendies, puis abandonn\u00e9. Quant au fortin, il a pu \u00eatre remis en \u00e9tat et utilis\u00e9 jusqu\u2019au 13\u00e8 si\u00e8cle.<\/p>\n<p><em>(On y a tourn\u00e9 le film \u00ab Gengis Khan \u00bb)<\/em><\/p>\n<p>* Ayaz-Kala <strong>III <\/strong>pr\u00e9sente, \u00e0 environ 1500m au sud, la forme d\u2019un grand parall\u00e9logramme sur une surface de 5ha. L\u2019enceinte fortifi\u00e9e, qui est l\u2019une des plus imposantes connues, r\u00e9pond aux normes de la r\u00e9gion. Sa structure est similaire \u00e0 celle des 2 pr\u00e9c\u00e9dentes, avec une \u00e9paisseur \u00e0 la base de plus de 7m5. Elle se compose d\u2019un double mur d\u00e9fendu sur tout son pourtour par des tours d\u2019aspect rectangulaire, selon le mod\u00e8le r\u00e9gional courant. La porte d\u2019entr\u00e9e a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement am\u00e9nag\u00e9e au milieu du mur occidental. L\u2019enceinte remonte aux l<sup>er<\/sup>\/2\u00e8 s PC, cad \u00e0 l\u2019\u00e9poque kouchane.<\/p>\n<p>Elle enferme sur le coin NE une construction plus ancienne, qui est celle d\u2019une demeure seigneuriale. La demeure est divis\u00e9e par 2 corridors \u00e0 angles droits en 4 quartiers, constitu\u00e9s chacun d\u2019une dizaine de pi\u00e8ces identiques : elle date de l\u2019\u00e9poque hell\u00e9nistique. Elle offre l\u2019exemple de ces grandes demeures rurales construites pour les grands propri\u00e9taires de cette r\u00e9gion alors tr\u00e8s fertile. Tout aux alentours, on a relev\u00e9, en effet, de nombreux vestiges d\u2019importantes installations agricoles, qui dans le pass\u00e9 assuraient la prosp\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9gion par la mise en valeur irrigu\u00e9e des terres. Ce fut Tune des premi\u00e8res r\u00e9gions au monde \u00e0 pratiquer la viticulture et \u00e0 s\u2019adonner \u00e0 la fabrication du vin.<\/p>\n<p>Il est probable que Ayaz-Kala III ait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par les Kouchans au d\u00e9but de notre \u00e8re pour servir de r\u00e9sidence pour le gouverneur local et de refuge pour la population rurale tandis que la premi\u00e8re forteresse, Ayaz-Kala I, constituait un simple poste d\u2019observation.<\/p>\n<p>Pris comme un tout, le complexe d\u2019Ayaz-Kala l\u00e8ve un coin du voile sur l\u2019histoire int\u00e9rieure de l\u2019Empire kouchan. L\u2019examen arch\u00e9ologique sugg\u00e8re qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Kouchans les communaut\u00e9s villageoises traditionnelles plac\u00e9es sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une aristocratie terrienne locale se sont d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9es \u00e0 mesure que se mettait en place un pouvoir imp\u00e9rial centralisateur. Les villages fortifi\u00e9s disparaissent tandis que se multiplient des fortins construits par le gouvernement central dans un but d\u00e9fensif. Ces fortins diss\u00e9min\u00e9s sur cette zone appel\u00e9e ELLIKALA sont alors occup\u00e9s par des d\u00e9tachements d\u2019une arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re qui ont re\u00e7u la mission de prot\u00e9ger les oasis et les terres cultiv\u00e9es des incursions nomades et des attaques hostiles.<\/p>\n<h4>Il faut ajouter \u00e0 proximit\u00e9 du site la pr\u00e9sence d\u2019un lac, <strong>l\u2019Ayak Koul. <\/strong>Il est probable que ce lac, outre son r\u00f4le dans l\u2019irrigation, avait \u00e9galement une fonction d\u00e9fensive. Il constituait en effet la premi\u00e8re barri\u00e8re par rapport aux zones arides septentrionales parcourues par les nomades. Ce lac n\u2019est pas enti\u00e8rement naturel ; il \u00e9tait aliment\u00e9 par un canal qui lui apportait de l\u2019eau depuis l\u2019Amou-Darya.<\/h4>\n<p>La majest\u00e9 du site et du complexe fortifi\u00e9 a conduit les autorit\u00e9s ouzbekes, avec l\u2019aide de l\u2019Unesco, \u00e0 mettre en \u0153uvre un double programme de conservation arch\u00e9ologique et de promotion touristique. L\u2019\u00e9tat des ruines a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement endommag\u00e9 par l\u2019\u00e9rosion pluviale. Tous les efforts consistent donc maintenant \u00e0 stopper les d\u00e9gradations et \u00e0 restaurer quelques parties essentielles des monuments.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ELLIKALA : les 50 Forteresses En Asie centrale, une vaste r\u00e9gion est arros\u00e9e par 2 grands fleuves, l\u2019Amou Darya et le Syr Darya, dont les eaux nourrissent un ensemble d\u2019oasis avant de se perdre dans une mer en voie de contraction. 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